DÉFENDRE LES DROITS DE L'HOMME ET L'ENVIRONNEMENT DANS LE CAQUETÁ

CONTEXTE

 

Le Caquetá, en Amazonie colombienne, est aujourd’hui l’un des fleuves présentant l’un des taux de contamination au mercure les plus élevés au monde.

 

Certains peuples vivant sur ses rives, tels que les Murui et les Muinane, avaient déjà été classés « en voie d’extinction physique et culturelle » par la Cour constitutionnelle colombienne et l’ONIC (organisation nationale des peuples autochtones de Colombie) en 2009 et 2010. Leur existence est d’autant plus menacée que les activités illégales progressent sur leurs terres, réduisant peu à peu à néant toute forme de vie dans cette partie de l’Amazonie.

Court-métrage tourné en collaboration avec les communautés

de Los Monos, Puerto Berlín et Puerto Sábalo

(bande-annonce) 

Les communautés amazoniennes vivant au bord du Caquetá subissent depuis maintenant plusieurs décennies les conséquences de l’extraction d’or illégale, qui déverse chaque jour d’importantes quantités de mercure dans le fleuve. Ce métal lourd est utilisé par les orpailleurs illégaux lors du processus dit de lessivage, afin de séparer les paillettes d’or des autres minéraux.

Déversée dans le fleuve et dans les sols en grande quantité, cette substance toxique pénètre dans les organismes des poissons, végétaux et petits mammifères qui, à leur tour, sont ingérés soit directement par les humains, soit par d’autres poissons et animaux dont ceux-ci se nourrissent.

 

Très difficile à éliminer par l’organisme, elle attaque le système nerveux central, provoquant de graves troubles neurologiques. À terme, elle entraîne des désordres psychomoteurs, des dysfonctionnements cognitifs, des maladies du système digestif et autres pathologies affectant divers organes, muscles et tissus graisseux. Chez les femmes enceintes, le mercure met en péril le développement du fœtus.

 

Par conséquent, les populations de cette partie de l’Amazonie voient naître une proportion anormalement élevée d’enfants présentant des malformations (au niveau des membres, des yeux, de la langue,...), le syndrome de Down et autres troubles psychomoteurs lourds et incurables.

 

Les personnes âgées, garantes de la transmission des savoirs ancestraux et de la sauvegarde des cultures amérindiennes, sont également frappées par des maladies jusqu’alors inconnues, contre lesquelles la médecine traditionnelle n’est d’aucun recours. Présentant auparavant une longévité exceptionnelle, les anciens se meurent aujourd’hui prématurément, parfois dans de grandes souffrances.

Au sentiment d’urgence qui anime les habitants du resguardo (réserve) de Puerto Sábalo-Los Monos, concernant l’avenir des futures générations et, de manière générale, la survie du peuple murui, s’ajoute l’angoisse d’un quotidien où les populations sont prises en étau entre plusieurs forces en présence.

 

D’un côté, les branches dissidentes des FARC, qui ont refusé de déposer les armes au moment de l’accord de paix signé en novembre 2016 et contrôlent cette région classée en « zone rouge », espace de non-droit abandonné de l’État. Les groupes armés prélèvent leur tribut sur la quantité d’or extraite chaque jour par les orpailleurs illégaux depuis des barges artisanales. Le mercure est donc un sujet prohibé, la guérilla ayant tout intérêt à ce que se maintienne cette activité très lucrative.

 

De l’autre côté, les narcotrafiquants, en lien étroit avec la guérilla, mais également avec de nombreux hommes politiques et personnages influents de la région, à tous les niveaux et dans toutes les sphères, opèrent librement dans cette zone, et n’ont de compte à rendre qu’aux membres des dissidences des FARC. Ils évoluent à leur guise dans une grande partie du département du Caquetá et imposent leur présence dans les resguardos, qui leur servent régulièrement de camps de base pour organiser leurs activités. 

 

Le règne végétal, lui aussi, voit son espace vital modifié. Dans cette partie de l'Amazonie, la pollution des sols, des rivières et des nappes phréatiques entraîne un phénomène de désertification, caractérisé par l’apparition de sols sableux. Appauvris par les activités d’extraction, ces sols ne permettent plus à la végétation de renaître.

 

 

Une menace pour la biodiversité dans son intégralité susceptible, à terme, de perturber gravement l’équilibre déjà fragilisé de l’un des poumons de la planète.

BÉNÉFICIAIRES

 

La rencontre avec les leaders de trois communautés du resguardo (Los Monos, Puerto Sábalo et Puerto Berlín) nous a permis de dresser un état des lieux de la situation et de constater le nombre anormalement élevé d’individus souffrant de pathologies liées à une contamination au mercure, notamment parmi les populations infantiles et âgées.

 

Vivant à trois jours de bateau du premier point de « civilisation », et donc du premier centre de santé primaire, les Murui du resguardo Puerto Sábalo-Los Monos sont également privés de toute attention de la part du gouvernement colombien. Ce dernier s’est contenté de classer leurs territoires en « zone rouge » sans pour autant déployer les efforts requis pour éliminer les nombreuses menaces auxquelles sont confrontées les communautés autochtones.

 

Par ailleurs, il est d’autant plus difficile d’attirer l’attention des autorités que les forces en présence menacent de mort tous ceux qui oseraient élever la voix pour dénoncer la situation dans laquelle les Murui sont plongés. C’est ainsi que l’ancien chef de la communauté de Los Monos a dû s’exiler, sous peine de se voir exécuter avec l’ensemble de sa famille.

 

En dénonçant ouvertement, sur tous les canaux possibles, la contamination au mercure du fleuve Caquetá et la complexité de réseaux illégaux étroitement interconnectés, Igapo Project souhaite se faire le porte-parole de ceux dont la voix ne parvient jamais à se faire entendre, ou est forcée au silence.

 

OBJECTIFS

 

Ce projet a pour ambition de dénoncer les souffrances subies par les communautés du resguardo, en mettant en lumière deux problématiques centrales :

  • La contamination au mercure du fleuve Caquetá, causée par les orpailleurs illégaux venus de différentes régions de Colombie, mais également du Brésil
  • La mainmise de groupes illégaux, tels que des branches dissidentes des FARC et des narcotrafiquants, sur les territoires autochtones

Nous souhaitons mettre en oeuvre une vaste campagne de communication sur tous les canaux possibles, et déployer un grand nombre d’événements de sensibilisation, sur différents medias et par le biais de diverses plateformes.

 

Par ailleurs, nous souhaitons maintenir notre collaboration avec le resguardo de Puerto Sábalo-Los Monos en accompagnant les communautés dans l’élaboration d’un projet visant à renforcer leur autonomie.

SYNTHÈSE DES ACTIONS PLANIFIÉES

 

  • Lancement d’une campagne de dénonciation sur les réseaux sociaux, avec le soutien d’ONG et associations partenaires (Survival, France Libertés, Planète Amazone,...)
  • Diffusion d’une pétition adressée au gouvernement colombien sur plusieurs plateformes francophones, anglophones et hispanophones
  • Organisation d’expositions photographiques présentant le reportage réalisé sur le terrain dans la communauté de Los Monos, en France et en Colombie
  • Projections du court-métrage tourné dans la communauté de Los Monos
  • Organisation de tables rondes, conférences et rencontres publiques dans le cadre d’événements organisés par Igapo Project ou organismes tiers
  • Invitation d’un ou plusieurs leaders murui pour venir témoigner en France de la situation des peuples autochtones de Colombie et organisation d’événements publics avec nos partenaires
  • Accompagnement des communautés du resguardo dans l’élaboration d’un projet et la recherche de financements requis pour le mettre en oeuvre