PROTÉGER LES RESSOURCES NATURELLES ET LES SAVOIRS TRADITIONNELS À TICOYA

CONTEXTE

 

Créé en 1990 dans le département d'Amazonas, en Colombie, le resguardo (réserve) Ticoya est composé à 95 % de populations autochtones, réparties en trois ethnies : Tikuna, Cocama et Yagua. La nouvelle manne amenée par le tourisme ne nourrit qu’une poignée d’investisseurs étrangers ayant ouvert des structures d’hébergement. Les 5 % de non-Amérindiens qui vivent dans le resguardo sont les seuls à profiter des retombées économiques du tourisme, détenant non seulement tous les commerces et restaurants, mais également tous les postes administratifs clés. Bien que nettement majoritaires, les populations autochtones n’ont donc absolument pas voix au chapitre ; leurs conditions de vie ne se sont pas améliorées avec l’ouverture de la zone au tourisme, bien au contraire.

En effet, l’essor des activités touristiques occasionne des dégâts considérables sur l’environnement du resguardo, qui subit déforestation illégale, raréfaction du gibier et des ressources de la pêche (dont dépendent souvent entièrement les communautés autochtones) et pollution fluviale.

 

Par ailleurs, face à l’intensification du braconnage, le gouvernement colombien a imposé des quotas afin de limiter la chasse intensive, destinée au commerce de masse. Mais ces réglementations se retournent davantage contre les habitants du resguardo que contre les braconniers. Ainsi, régulièrement, des représentants du gouvernement, officiellement garants de la bonne gestion des ressources de chasse, perquisitionnent les habitations autochtones et saisissent la viande qu’ils estiment excédentaire par rapport aux quotas en vigueur. Or, ces chasseurs ont simplement dû pallier la raréfaction du gibier des mois précédents, qui les contraint à tuer davantage d’animaux et à saler la viande pour la conserver afin de prévenir les prochaines périodes de disette. Leur savoir ancestral en matière de gestion des ressources naturelles est donc nié par les autorités, notamment du fait du peu de visibilité dont disposent les communautés.

BÉNÉFICIAIRES

 

L’association ATICOYA a été créée pour défendre les droits et les intérêts des trois ethnies autochtones du resguardo. Elle lutte notamment pour les droits territoriaux des communautés qu’elle représente, ainsi que pour la préservation de leur environnement naturel. Elle promeut un modèle de gestion des ressources respectueux de leurs coutumes et savoir-faire traditionnels et défend l’idée, aujourd’hui largement acceptée dans le monde, que les communautés autochtones sont les plus à même de protéger l’environnement, de contribuer à la perpétuation de la biodiversité et de proposer une gestion du monde durable, respectueuse de toutes les espèces animales et végétales qui composent leur milieu.

 

Elle a soumis au gouvernement colombien à plusieurs reprises, sans succès, un projet dont la finalité serait une autonomisation des populations dans la gestion des ressources naturelles, une gestion qui se baserait sur les savoirs ancestraux dont elles sont les héritières. En effet, les membres de la société civile demandent à pouvoir mettre en oeuvre leurs propres initiatives environnementales, sanitaires et sociales et, pour ce faire, requièrent un soutien financier pour développer des projets concrets en ce sens.

OBJECTIFS DU PROJET

 

Ce projet a pour ambition de faciliter l’autonomisation des communautés autochtones du resguardo dans l’élaboration, la mise en oeuvre et la gestion d’initiatives locales, dans les domaines suivants :

  • Protection du territoire et des ressources naturelles du resguardo
  • Préservation et transmission des connaissances et savoir-faire locaux

Les populations autochtones du resguardo souhaitent avoir la possibilité de diriger les initiatives relatives à leur cadre de vie et développer des projets inclusifs. Leur proposition s’appuie sur une méthodologie participative et basée sur les savoirs traditionnels, plus à même d’assurer la pérennisation des projets que des méthodes et processus importés de l’extérieur. Par ailleurs, les communautés représentées par l’association ATICOYA souhaitent que leurs besoins ethno-spécifiques soient véritablement pris en compte et que les initiatives soient adaptées à leur mode de vie, leurs coutumes, leurs croyances et leur manière d’appréhender l’environnement.

SYNTHÈSE DES RÉSULTATS VISÉS

 

  • Gérer, protéger et contrôler de manière autonome le territoire autochtone tikuna, cocama et yagua
  • Élaborer un modèle propre d’aménagement territorial et de gestion environnementale basé sur les savoir-faire traditionnels
  • Contrôler et gérer les ressources liées à l’eau, à la faune et à la flore conformément aux réglementations définies par les autorités coutumières, au moyen d’un plan concerté de découpage géographique du resguardo et des territoires traditionnellement occupés par les communautés autochtones
  • Articuler les propositions relatives à la gestion des ressources naturelles à d’autres processus et/ou réseaux de coopération et de partage d’expériences à l’échelle locale, régionale et intenationale, de manière à stimuler le développement participatif d’initiatives de gestion de l’environnement
  • Réaliser une cartographie exhaustive du resguardo afin d’obtenir une représentation graphique des ressources naturelles disponibles, qui servira de base à un plan de gestion concerté
  • Améliorer la disponibilité, la gestion et la transmission des informations géographiques, environnementales et culturelles à des fins de gestion participative
  • Réaliser un reportage photo et vidéo présentant les problématiques environnementales et sociales du resguardo à des fins de sensibilisation